Sur les coteaux de lisle
aux confins du Fronsadais
et du Puynormand
Savignac-de-l’Isle

Des notables

samedi 13 février 2010









Histoire municipale

Jusqu’à la révolution la commune était administrée par le seigneur du lieu.
A cette époque il s’agissait du baron Hyacinte Marie Servidie de LABAT de SAVIGNAC.
Ce fut le dernier conseiller au Parlement de Bordeaux de la lignée.
Le parlement de Guyenne sera supprimé par la révolution.

Voici un extrait de document qui concerne la nouvelle municipalité de Savignac :

ABOLITION DES PRIVILÈGES :

Nous, maire et officiers municipaux de la commune de Savignac, assemblés dans le lieu de ses séances, certifions que le citoyen Nicolas Richon, notaire public de cette commune, en exécution du décret du 17 juillet dernier, nous a remis, pour être brûlés tous les titres « constitutifs et récognitifs » de droits seigneuriaux supprimés par ledit décret et par ceux antérieurs qu’il a dit avoir en sa possession[1] avec tous lesquels actes et titres le citoyen Richon nous a aussi remis plusieurs copies et expéditions d’actes aussi de droits et choses supprimées par ledit décret pour être aussi brûlés.

Fait dans la chambre commune audit Savignac, le consul général d’icelle assemblé, le 27 frimaire, l’an second de la République Française une et indivisible.
Signé : Redon maire, Bossuet et Robert officiers municipaux ; Gendre procureur de la commune ; Rouman, Tourneur, Lavaud, Poitou notables.

[1] La liste occupe dix pages de cahier.

UNE LISTE ELECTORALE AU XIXme SIÈCLE :

ELECTIONS MUNICIPALES (10 membres) COMMUNE DE SAVIGNAC-SUR-L’ISLE

MM.
1. ROBERT (Auguste), à Pichot.
2. BOSSUET (Baptiste), au Port.
3. FEUILLET (Pierre), à Brandet.
4. BERLAND, tuilier, au Bourg.
5. BERGEON, (Jean), père, à Boyer.
6. SARRAZIN, propriétaire, au Tertre.
7. BOSSUET (Jean), au Port.
8. BOSSUET (Jean) fils, au Bourg.
9. DUPAS (Jean), au Bourg.
10. BOYER (Jean), à Pichot.
(Archives départementales de la Gironde)


PÉTITION HYGIÈNISTE

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Courrier destiné au Conseil Municipal de Savignac.
Il est non daté et non signé. On peut penser qu’il est de la fin du XIXme siècle.
Les auteurs déplorent le risque d’épidémie et la pollution des puits à cause notamment des tas de fumiers dans les villages et du cimetière dont ils réclament le déménagement. Dans de nombreuses communes ce déplacement sera effectif.
Archives Bloin-Roumand


LA MAIRIE ET L’ECOLE A LA FIN DU XIXme SIÈCLE
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Le bâtiment en question est maintenant habité par Mme et M. Joël FUGIER. Ce fut auparavant la boucherie BLONDY et ce durant de nombreuses années.
A gauche le parc du château : cette partie est devenue avec la construction du pont actuel sur l’Isle, le jardin public de la commune.

(Archives TILH-BIAIS)



L’ANCIENNE MAIRIE-ECOLE DU XXme

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Bâtiment situé en face de l’épicerie ; la mairie était à gauche et une classe de l’école à droite.
La salle communale se trouvait derrière.
Auparavant cet édifice était la cure dont le dernier "locataire" fut l’abbé Lewden.
(Archives Steeno-Risch)



QUELQUES AUTRE ÉLÉMENTS AVANT 1983

Anciens maires :
REDON (au moment de la révolution)
Avant 1843 Jean SUDRE
1863 Jean ROBERT (l’adjoint est Jean FERCHAUD sur le Féret 1870)
1893 Jean BOSSUET
1901 François DUPAS (l’adjoint est DARNAJOU sur le Féret 1908)
1922 Jean CLAVÉ
1930 Paul GARCEAU
1935 Paul GARCEAU
1940 Paul GARCEAU
1945 Maurice LARGETEAU
1945 Hector GONAIN
1947 Hector GONAIN
1953 Hector GONAIN
1959 Roger FERCHAUD


LA MUNICIPALITÉ EN 1959

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(Archives Bonnet-Croizet)
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(Archives J. P. Tilh)
Photo ci-dessus, au premier plan en partant de la gauche :

René CROIZET, Camille CROISIT, Auguste FERCHAUD, Roger FERCHAUD (maire), Régis DOBIGEON, Paul DALIAT, André DARNAJOU.
Au second plan : le baron Aymart de JESSE LEVAS, Jean BIAIS, Robert GARCEAU, Jean GROLLIER.




BANQUET “RÉPUBLICAIN” DU 11 NOVEMBRE

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Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit (Archives TILH-BIAIS)
On retrouve quelques figures connues au premier plan !


ÉLECTIONS de 1965 :
Jean BIAIS, viticulteur, maire
Pierre GAGNEROT
Jean SOULAS
Camille CROISIT
Paul DALIAT
Robert GARCEAU
Jean GROLLIER
Paul DOUSSEAUX
Henri VACHER
Joseph HONORÉ
Guy GROLLIER


ÉLECTIONS de 1972 :
Jean BIAIS, viticulteur, maire
Pierre GAGNEROT, enseignant, adjoint
Jean GROLLIER
Henri VACHER
Jean SOULAS
Paul DALIAT
Paul DOUSSEAUX
Gilbert BEAUDOU
Joseph HONORÉ
Robert GARCEAU
Claude SAPALY


ÉLECTIONS de 1977 :
Jean BIAIS, viticulteur, maire
Jean SOULAS, entrepreneur et agriculteur, 1er adjoint
Rober GARCEAU, marchand de bestiaux, 2me adjoint
Joseph HONORE, agriculteur
Jean GROLLIER, salarié
Claude SAPALY, instituteur
Pierre GAGNEROT, enseignant en histoire-géographie
Gilbert BEAUDOU, salarié
Michel MINGOT, viticulteur
Henri VACHER, viticulteur
Paul DOUSSEAUX, épicier


LA NOUVELLE MUNICIPALITÉ DE 1977

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Au premier plan assis de gauche à droite : Yvon SOULAS, Jean BIAIS (maire), Robert GARCEAU
Debouts : Joseph HONORE, Jean GROLLIER, Claude SAPALY, Pierre GAGNEROT, Gilbert BEAUDOU, Michel MINGOT, Henri VACHER, Paul DOUSSEAUX


PLUS RÉCEMMENT

ÉLECTIONS de 1983 :
Xavier MILHADE, viticulteur, maire
Pierre RIVIERE, 1er adjoint (décédé en cours de mandat)
Robert Pierre GARCEAU 2me adjoint
Jean Jacques GONNIN, 3me adjoint
Gilbert BEAUDOU
Paul DOUSSEAUX
Christian MASSONNIERE
J. Jacques MAURIN, enseignant (démissionnaire en cours de mandat)
Michel MINGOT, viticulteur
Bernard NIOTEAU, enseignant
Françoise SENTUCQ

ÉLECTIONS DE 1989 :
Xavier MILHADE, exploitant agricole, maire
Robert GARCEAU, retraité, 1er adjoint
Jean Jacques GONNIN, employé agricole, 2me adjoint
Paul DOUSSEAUX, commerçant, 3me adjoint
Michel MINGOT, exploitant agricole
Christian MASSONNIERE, chevillard
Françoise SENTUCQ, secrétaire
François CHAIGNEAU, exploitant agricole
Christian FAURIE, électricien
Joseph FENNI, directeur d’entreprise
Michel TEMPEZ, directeur informatique

ÉLECTIONS DE 1995 :
Xavier MILHADE, exploitant agricole, maire (démissionnaire en cours de mandat)
Michel TEMPEZ, cadre, 1er adjoint puis maire
Robert GARCEAU, retraité, 2me adjoint
Jean Jacques GONNIN, employé d’entretien, 3me adjoint
François CHAIGNAUD, exploitant agricole
Paul DOUSSEAUX, retraité
Christian FAURIE, électricien
Joseph FENNI, directeur d’entreprise
Simone BATLO, secrétaire
Jean Pierre BONNET, artisan plombier chauffagiste
Catherine DECLA, mère de famille

ÉLECTIONS DE 2001 :
Catherine DECLA, mère au foyer, maire
Jean-Jacques GONNIN, retraité, 1er adjoint
Evelyne TEMPEZ, mère au foyer, 2me adjointe (démissionnaire en cours de mandat)
Yves TILH, contrôleur technique, 3me adjoint
Bernard NIOTEAU, enseignant en mathématiques (liste d’opposition)
Simone BOSSUET-BATLO, assistante de direction
Nicole ARRIAILH, institutrice retraitée (liste d’opposition)
Philippe BIROT, ouvrier d’état-électrotechnicien (démissionnaire en cours de mandat)
Vincent LAGRAVE, viticulteur
Muriel GABRIEL, secrétaire comptable
Thierry SALLE, informaticien

Notaires de Savignac

M. Claude RENARD de Talence, rencontré par hasard au détour d’une branche généalogique,
a recensé autant qu’il a pu, les notaires royaux des environs de Bordeaux. Il en a trouvé neuf
pour Savignac de l’Isle avec une marge d’incertitude qui augmente avec l’ancienneté.
Durant l’ancien régime il y avait souvent un notaire royal "estably et resident" dans chaque
paroisse. Il existait aussi des notaires seigneuriaux, des notaires apostoliques, tabellions...
Pour en savoir plus vous pouvez lire la page suivante du site d’Odile Halbert sur les notaires
avant 1803.


André CHIRON 1573 à 1610 habitait au château de Savignac ?
BOURRICAUD ? 1601
François DEMANDE 1582 à 1605 exerçait aussi à St Ciers d’Abzac ?
André CHIRON 1647
Matthieu CHIRON 163 ? notaire au Port de Savignac
JADEAU (ou JODEAU ?) 1721 lieu de résidence à confirmer
FARGUES 1642 notaire en Fronsadais, lieu de résidence à confirmer.
André RICHON 1727 à 1748 semblait résider à Corbineau (maison de Robert DARNAJOU)
Nicolas RICHON 1751 à 1809 fils du précédent, résidait aussi à Corbineau

Maître Chiron du Sillac

LES PREMIERS PROPRIETAIRES DU DOMAINE DU SILLAC


Elie Chiron d’abord notaire au Caillevat [1], puis à Libourne, avait acheté le domaine du Sillac [2]
à Savignac, dont son fils aîné, Michel, marchand et bourgeois de Libourne fut l’héritier.
Michel planta de la vigne et construisit une maison. Il épousa Marie Chauvin qui lui donna un fils, Louis, lequel se fixa au Sillac.
Nous trouvons Louis, praticien [3] en 1701, procureur postulant [4], puis lieutenant de la juridiction de Savignac, capitaine garde côte en 1714. Il testa en 1717 et mourut la même année.
Le baron de Savignac dans son Mémorial dit de lui :
« 18 septembre 1717 – Le sieur Chiron de Savignac y est mort dans un âge avancé, laissant une nombreuse famille. Je lui avais donné les provisions de lieutenant de juge de Savignac, il ne s’est jamais fait recevoir. Il avait bien du mérite. … et de la probité. »
Louis Chiron eut 7 petits enfants (4 filles et 3 garçons), dont deux survécurent.
L’aîné Jean né à Savignac le 4 mars 1746 eut le domaine du Caillevat où il résida. Il fut en 1790 le premier maire de la commune de Saint-Denis-de-Pile.
Le second Pierre né à Savignac le 24 novembre 1748 fut gendarme du roi. Il habitait avec son frère au Caillevat, au moment de la Révolution, d’où il partit comme capitaine de la 7e compagnie du 2e bataillon de volontaires de la Gironde.
Pierre eut le domaine du Sillac en héritage, il le vendit le 9 prairial an 7 à Armand Bossuet pour la somme de 34.000 livres.
Les deux frères n’eurent aucune descendance mâle.

J. A. GARDE


VOYAGES À BORDEAUX AU DÉBUT DU XVIIIme SIECLE, D’UN PRATICIEN DE SAVIGNAC EN FRONSADOIS, SES ITINÉRAIRES, SES FRAIS DE ROUTE ET AUTRES DÉPENSES


En sa qualité de praticien, Me Louis Chiron dont nous avons produit la commission de capitaine garde-côtes, fut chargé, en 1701, par François Sudre, Laurent Coudreau et Pierre Alaire, syndics de Sablons, de St Denis-de-Pile et de St Georges-de-Guîtres [5], paroisses formant la baronnie de Laubardemont en Puynormand, sénéchaussée de Castelmoron, au duché d’Albret, de poursuivre un procès que leur avait intenté leur seigneur, Messire Guillaume de Sauvenelle, écuyer, sieur de Salles.

Condamnés au sénéchal de Castelmoron, les tenanciers de Laubardemont en appelèrent au Parlement de Bordeaux.

Pendant six ans, Me Chiron vint souvent à Bordeaux [6] dans l’intérêt de ses commettants. Chaque fois il séjournait au moins deux jours dans cette ville, souvent huit, quelquefois douze ou treize, une fois même il y demeura vingt-deux jours, une autre fois, quatre semaines.

Il entreprenait ce voyage en partant habituellement dans la soirée de son domaine du Sillac. Il traversait la rivière l’Isle au passage de Savignac qui se trouvait à quelques cents mètres de sa demeure, suivait le chemin de la palu de Breuil, et gagnait Libourne par la grande route de Guîtres qu’il atteignait suivant son caprice, soit au village de Mauriens, soit au village des Eymerits, paroisse de St Denis-de-Pile. Il faisait à cheval le trajet, accompagné de Bedasse, son valet, qui le suivait à pied et qui, lorsqu’il était arrivé à Libourne, ramenait chez lui sa monture.

Me Chiron descendait à Libourne chez la Ragote. Son coucher lui coûtait invariablement 2 sols et son souper de 8 à 10 sols. Mais ce n’était point à cet hôtel qu’il prenait son repas s’il avait invité à dîner quelqu’un avec lequel il eut affaire ; il allait alors chez Drillole où il payait de 15 à 16 sols par couvert.

Le matin il poursuivait sa route en prenant la Cavernière souvent, au moment du départ, les portes de la ville n’étaient pas encore ouvertes et le portier lui livrait passage moyennant 6 deniers.

Il dépensait en général 2 sols pour se faire transporter jusqu’à Caverne, mais si le nombre des passagers était trop restreint, le cavernier prenait par personne de 2 sols 6 deniers à 3 sols.

Au prix de 6 à 8 sols il déjeunait à Caverne, chez Baptiste. Il y louait un cheval qu’il laissait à Lormont et dont la location variait de 8 sols à 12 sols. Il traversait la Garonne et toujours pour son passage il donnait 1 sol au batelier.

Parfois il changeait ses lieux d’étape. Dans ce cas, il partait plus tôt du Sillac, ne faisait que toucher à Libourne où il passait la Dordogne, et venait souper et coucher à St Pardon ou à Izon. Coût 10 sols. Le lendemain matin, il continuait son voyage sur un cheval loué de 8 à 12 sols. Il allait ainsi jusqu’à Lormont. Il y déjeunait en dépensant de 5 à 8 sols.

Mais qu’il passa par Caverne, St Pardon ou Izon, un certain hôtel de Carbon-Blanc se trouvait sur son chemin. Il en était de même à son retour de Bordeaux. Jamais il n’oubliait de s’arrêter là dans le dessein d’y laisser souffler sa bête et surtout de donner des forces au cavalier en y dégustant pour 6 deniers d’eau-de-vie ou en buvant tout doucement une bouteille de vin dont le prix était de 2 sols 6 deniers. A d’autres moments il y buvait seulement une demi bouteille et le coût en était de 6 liards.

La Garonne passée à Lormont, Me Chiron arrivait bientôt à Bordeaux, terme de son voyage. Il allait s’établir chez le sieur Morange où la nourriture et le logement lui étaient comptés 20 sols par jour. Lorsqu’il quittait l’hôtel, il offrait à la servante un pourboire de 2 sols. Une fois seulement il lui donna 10 sols, mais elle avait un compte à solder : " Plus, donné à Marie, servante de M. Morange, tant pour payer la blanchisseuse qui m’avoit blanchi chemise de chanvre et mouchoir et pour elle qui m’avoit nettoyer mes souliers, une pièce de 10 sols. "

Pendant le séjour de Me Chiron à Bordeaux, ce n’était de sa part que courses et démarches afin de soutenir les intérêts des communautés dont il avait la cause en main. Les affirmations, les expéditions, les notifications, les consultations d’avocats, les requêtes, les mémoires, la recherche des pièces utiles au procès, l’obligeait à de nombreuses visites au palais, chez les avocats, les huissiers, les copistes, les greffiers, les notaires et chez l’imprimeur où paraissaient ses factures.

Tout cela faisait avoir soif, et si dans les froids de l’hiver il ne songeait pas à boire pour se désaltérer, il continuait par habitude à absorber des liquides. D’ailleurs c’était une façon de prendre patience et de tuer le temps, car souvent il attendait les pièces qu’on lui préparait ou encore le moment d’être reçu. Dans ces circonstances, il rentrait au cabaret commandes une bouteille de vin rouge de 5 sols, généralement avec 1 sol de plus, ou une bouteille de vin blanc avec un petit pain pour 4 sols, ou une bouteille de bière et un biscuit, coût 6 sols, ou bien encore une bouteille de vin blanc ou une bouteille de vin rouge avec un ou deux tortillons d’1 sol.

Aux clercs de M. Malescot, son procureur, il offrait à l’hôtel le plus proche de l’étude, tantôt une bouteille de vin rouge avec 1 sol de pain et de fromage, coût 6 sols 6 deniers, tantôt une bouteille de vin blanc avec 2 tortillons d’1 sol, coût 4 sols 6 deniers. Une fois il note en bloc une dépense de 28 sols " pour avoir donné à boire par trois diverses fois aux clercs de M. Malescot. " Une autre fois il leur paya un déjeuner de 30 sols.

Quant à M. Malescot lui-même, et à M. Rocher, son avocat, il leur envoyait des canards et des poulets. Un batelier de ses voisins, le petit Toine, du port de Savignac, se chargeait, moyennant 5 sols, de porter sur son bateau la volaille à Bordeaux, et pour 4 sols, un portefaix la déposait au domicile de ces messieurs.

A un moment donné, Me Chiron, ayant eu connaissance des liens de parenté de M. de Salles avec beaucoup des membres du Parlement de Bordeaux, dont ce seigneur faisait lui-même partie en qualité de conseiller, avait essayé d’obtenir le renvoi devant une autre cour du procès des tenanciers de Laubardemont qui, dans ces conditions ne pouvaient pas compter sur toute la justice que leur bonne cause leur donnait lieu d’attendre. Il usait alors beaucoup de déjeuners et de dîners pour délier les langues et se renseigner exactement. Surtout il allait à l’hôtel Loizeau avec quelque compagnon dont les bons offices lui étaient utiles, parce que l’hôtesse était une ancienne fille de chambre de Messire Pierre Du Meyrat, conseiller du roi au Parlement et beau-frère de M. de Salles

On y causait avec la maîtresse du logis des alliances de ce seigneur. Quelquefois on y buvait bouteille, coût 7 sols, mais habituellement on y déjeunait ou on y prenait une excellente collation : coût, 15 à 19 sols.

Enfin, ses affaires terminées, Me Chiron songeait au retour. Pour revenir chez lui, il quittait Bordeaux le matin et, au moment du départ, vidait une bouteille de vin de 4 sols. Comme à l’aller, il traversait la Garonne à Lormont et de nouveau il donnait 1 sol au batelier pour son passage. Il louait à Lormont un cheval, coût 8 à 12 sols, qui le portait jusqu’à Caverne. S’il n’avait pas déjeuné à Lormont, il prenait son repas à l’hôtel de Carbon-Blanc où il avait coutume de faire halte en se rendant à Bordeaux. Dans l’un ou l’autre cas sa dépense s’élevait de 4 sols 6 deniers à 6 sols.

Parvenu à Caverne, si l’heure de la marée retardait trop le départ de La Cavernière, il y soupait, coût 7 à 11 sols, et s’embarquait ensuite à son heure sur ce bateau qui le menait à Libourne où il passait le reste de la nuit. arrivant tard dans cette ville il trouvait les portes fermées. Le portier lui ouvrait au même tarif que s’il avait voulu sortir, c’est-à-dire au prix de 6 deniers. Il buvait assez souvent pour 2 ou 3 sols de vin avant de se mettre au lit. S’il faisait froid, il se chauffait avec les autres arrivants à la flambée d’un fagot et en payait sa quote part. Jamais il n’indique sur ses notes le nombre de voyageurs descendus avec lui à l’hôtel tenu par la Ragote. C’est de la sorte qu’il s’exprime : " Plus, dit-il, pour ma portion d’un fagot et de deux bouteilles de vin, et coucher, quatre sols. "

S’il partait assez vite de Caverne, il soupait à Libourne et soldait toujours son repas avec 6 à 8 sols. Quant à son coucher, il était invariablement fixé à 2 sols.

Le lendemain matin, Me Chiron avait hâte de regagner sa demeure, de se rendre compte où en étaient ses propres affaires et de raconter à ses compères de Savignac les nouvelles qu’il avait apprises dans son voyage. Cependant il restait un peu plus tard à Libourne s’il avait à remettre à l’huissier Cambarot, pour les lui faire signifier, des assignations et des exploits. Il l’invitait alors à déjeuner chez Bouge, coût 8 sols. C’est chez cet hôtelier que Cambarot préférait aller car c’était là qu’il louait le cheval dont il se servait pour faire ses courses à la campagne.

Mais généralement, Me Chiron partait de Libourne dès son lever. Avant de se mettre en chemin, pensant sans doute se donner des jambes, il buvait tantôt pour 6 deniers d’eau-de-vie, tantôt une petite canette de vin blanc de 8 deniers. L’estomac ainsi satisfait, le cœur gaillard, le bâton de néflier à la main, le portemanteau en bandoulière, il s’acheminait vers son domaine du Sillac, fief de l’abbaye de Guîtres, paroisse et baronnie de Savignac au duché de Fronsac.

De même qu’à son départ, il traversait la rivière de l’Isle au port de Savignac, passé par Jean Ambaud, domestique des demoiselles Françoise Chiron et Jeanne Vidaut, fermières de ce passage, et il atteignait sa maison après avoir fourni, depuis Libourne, une marche d’une heure et demie.

C’est dans sa demeure du Sillac que nous le laisserons tout entier à la joie du retour, devant l’affectueux accueil de sa femme, demoiselle Marie Teynac, et les respectueuses salutations de son valet Bedasse et de sa servante, la vieille Magui.

Dr Edmond VACHER (1901) [7]

[1] Village de Saint Denis de Pile

[2] On dit actuellement le Sillat, devenu un village. Le domaine du Sillac existe toujours bien que les bâtiments furent très remaniés ; il est la propriété de la famille Lavaye-Dupeyron)

[3] Personne qui "connaît le droit" sous l’ancien régime.

[4] Qui intervient dans les procès

[5] Paroisse annexe de St Denis de Pile qui deviendra la commune des Billaux

[6] Nous aurons l’occasion de reparler de plusieurs voyages entre Bordeaux et Savignac de son contemporain le baron Joseph Labat de Savignac : une épopée à cette époque, qui durait rarement moins d’une journée

[7] Médecin, habitant au moulin de Bossuet sur la commune de Saint Denis de Pile (moulin à eau sur le ruisseau la Viée, aujourd’hui disparu à cause du passage de l’autoroute A89). Il se fit ensuite construire une maison auprès du cimetière de Saint Denis de Pile qui appartient encore à ses descendants (famille Videau).
Atteint par la maladie, il dû cesser sa profession et s’intéressa à la généalogie de sa famille, à l’histoire locale et même à l’archéologique (il fit des fouilles autour de la villa gallo-romaine de Saint Denis). Il laissa des cahiers manuscrits dont certains semblent avoir disparus et écrit quelques articles dans la revue archéologique du libournais


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